Création de catégorie8 min de lecture

Pour créer votre catégorie, nommez un ennemi (et ce n'est pas un concurrent)

A

Amandine Serani & Oussama Ammar

Fondateurs de #REF

Pour créer votre catégorie, nommez un ennemi (et ce n'est pas un concurrent)

Énième événement de networking. Verre tiède à la main, sourire de façade. On vous demande ce que vous faites. Et vous répondez. "Je suis consultant en marketing, mais en plus rapide." "Je suis coach de vie, mais avec une approche plus humaine." "On a un logiciel qui est moins cher que Salesforce."

Regardez bien votre interlocuteur. Vous voyez ses yeux qui se déconnectent ? Il hoche la tête, poliment. Dans sa tête, une case vient de se refermer avec un clic sonore : "Ah. Encore un autre."

Vous venez de commettre l'erreur de positionnement ultime. Vous vous êtes défini par rapport à la concurrence. Vous avez accepté de jouer sur leur terrain, avec leurs règles. Et sur ce terrain, vous serez toujours, au mieux, une alternative. Jamais le choix.

Cet article est votre plan d'évasion. Il va vous montrer comment dynamiter le jeu existant pour créer votre propre catégorie. Le secret ? Arrêter d'espionner vos concurrents pour enfin nommer votre véritable ennemi.

Pourquoi se battre pour être "meilleur" est une stratégie de perdant

La plupart des entrepreneurs sont obsédés par la compétition. Ils scrollent les sites des concurrents, analysent leurs grilles de prix, dissèquent leurs fonctionnalités. L'objectif est pathétiquement simple : être "meilleur". Un peu plus rapide. Un peu moins cher. Un bouton en plus. C'est une course de hamsters. Une guerre de tranchées pour quelques pourcents de part de marché.

La vérité, c'est que le jeu du "meilleur" est un piège pour les suiveurs.

Quand vous dites "je suis meilleur", vous validez la catégorie créée par le leader. Vous criez à vos clients : "Vous voyez le roi de la colline ? Je fais la même chose, en un peu mieux." Vous n'êtes qu'un follower. Un imitateur, au pire. Les chiffres sont sans pitié : les entreprises qui créent et dominent une nouvelle catégorie, les "Category Kings", aspirent 76% de la valeur totale du marché. Tous les autres se battent pour les 24% restants. Vous voulez vraiment vous battre pour les miettes ?

En vous positionnant comme "meilleur", vous forcez votre client à comparer. Et la comparaison est le cimetière de la valeur. Il va ouvrir des onglets, sortir sa calculette, comparer vos listes de features. Vous entrez dans une spirale où vous devez sans cesse justifier votre prix, votre existence. Vous n'êtes pas le choix évident. Vous êtes une option sur une liste.

Comment créer une nouvelle catégorie : la Stratégie de l'Ennemi

Pour devenir LA référence, arrêtez de jouer. Changez les règles. Créez un jeu où vous êtes le seul joueur. Un monopole d'un. Pour ça, il faut un pivot mental radical. Votre combat n'est pas contre un concurrent. Votre combat est contre un statu quo, une vieille façon de penser, un problème que personne n'a eu le courage de nommer.

Voici le plan de bataille. Trois étapes.

Étape 1 : Identifier l'Ennemi Invisible

Votre ennemi n'a pas de logo. Ce n'est pas une entreprise. C'est une idée. Une frustration collective. Une convention absurde. Un système cassé. C'est l'obstacle invisible qui paralyse vos clients.

Salesforce ne s'est pas battu contre Oracle. Ils se sont battus contre "Le Logiciel". Cette idée que les outils d'entreprise devaient être complexes, installés sur des serveurs poussiéreux et coûter des millions.

HubSpot n'a pas combattu Mailchimp. Ils ont combattu "L'Outbound Marketing". L'idée que pour avoir des clients, il fallait les harceler avec des appels à froid et des pubs agressives.

Tesla ne se bat pas contre Ford. Tesla se bat contre la dépendance au pétrole.

Posez-vous ces questions, sans filtre :

  • Quelle est LA frustration que tout le monde dans mon industrie subit en silence, comme une fatalité ?
  • Quelle est la "vieille méthode" que ma solution rend totalement obsolète ?
  • Contre quelle injustice, quelle inefficacité, quelle stupidité mon travail se dresse-t-il vraiment ?

L'ennemi, c'est souvent une croyance limitante. Une complication inutile. Une expérience client déshumanisée. Trouvez-le.

Étape 2 : Nommer et Blâmer l'Ennemi

Une fois l'ennemi identifié, donnez-lui un nom. Un nom simple, mémorable, un peu péjoratif. Ce nom va planter un drapeau dans l'esprit de votre audience. C'est le grand méchant de votre histoire.

HubSpot a appelé son ennemi "Marketing d'interruption". Brillant. Qui a envie d'être un interrupteur ? Personne. En nommant l'ennemi, ils ont instantanément créé le camp du bien (le leur) et le camp du mal (l'ancienne méthode).

En le nommant, vous le rendez réel. Visible. Vous permettez aux gens de s'exclamer : "Oui, c'est exactement ça mon problème !". Vous articulez une douleur qu'ils n'arrivaient pas à formuler. C'est là que naît votre autorité. Vous n'êtes plus un vendeur. Vous êtes celui qui a posé le bon diagnostic.

Étape 3 : Incarner la Nouvelle Solution

Si vous avez bien défini l'ennemi, votre solution devient la seule réponse logique. La comparaison devient impossible. Vous êtes l'antidote.

  • L'ennemi est "Le Logiciel" complexe ? La solution est le "Cloud" simple et accessible (Salesforce).
  • L'ennemi est le "Marketing d'interruption" ? La solution est l' "Inbound Marketing" (HubSpot).
  • L'ennemi est l'hôtel standardisé et sans âme ? La solution est de "Vivre comme un local" (Airbnb).

Votre catégorie, c'est le nom de la libération. Vous ne vendez plus un produit. Vous vendez une nouvelle vision du monde. Une nouvelle façon de résoudre un vieux problème. Vous vendez un ticket pour sortir de l'enfer que vous venez de nommer. Et dans ce nouveau monde, vous êtes le roi.

L'art de la guerre : Salesforce vs "Le Logiciel", HubSpot vs "L'Interruption"

Regardons les maîtres à l'œuvre.

Quand Salesforce est arrivé, le marché du CRM était un cimetière de géants comme Siebel. L'approche classique ? "Nous sommes un CRM comme Siebel, mais moins cher." Ils seraient morts en six mois.

À la place, Marc Benioff a lancé une croisade. Il a organisé de fausses manifs devant les conférences de ses concurrents avec des pancartes "NO SOFTWARE". Il a fait voler un avion avec une bannière proclamant la "fin du logiciel". L'ennemi était clair : le modèle du logiciel traditionnel, lourd et dépassé. Il a défini une nouvelle catégorie, le "Cloud Computing", et s'est autoproclamé leader de la révolution. Il n'a pas vendu un meilleur CRM. Il a vendu une meilleure façon de travailler.

HubSpot a copié la stratégie. Le marché était saturé d'outils marketing. Ils se seraient noyés. Au lieu de ça, ils ont pointé du doigt l'ennemi : toutes les techniques de marketing que les gens détestent. Les pop-ups, les appels non sollicités, le spam. Ils ont mis tout ça dans un sac et l'ont appelé "Outbound Marketing".

Puis ils ont présenté la solution : "l'Inbound Marketing". Une philosophie basée sur la création de contenu pour attirer les clients, pas les chasser. Leurs outils n'étaient que le véhicule de cette nouvelle religion. En éduquant le marché sur cet ennemi, ils ont créé leur catégorie. Si vous vouliez faire de l'Inbound, il n'y avait qu'une seule adresse : HubSpot. Le choix évident.

Les 3 sables mouvants qui vous feront redevenir "un parmi d'autres"

Créer sa catégorie est une stratégie nucléaire. Mais elle est exigeante. Voici les 3 pièges où 99% des entrepreneurs s'enlisent.

1. Choisir un concurrent comme ennemi. L'erreur fatale. Si vous dites "Mon ennemi, c'est l'entreprise X", vous leur payez de la pub. Vous les mettez au centre de l'histoire et vous vous positionnez comme le challenger. Votre ennemi doit être un concept, une idée, une méthode. Jamais une personne ou une marque. Le combat est idéologique, pas personnel.

2. Avoir peur de polariser. En nommant un ennemi, vous prenez position. Vous tracez une ligne dans le sable. "Il y a l'ancienne manière, et il y a la nôtre." Les défenseurs de l'ancienne manière vont vous détester. Tant mieux. Si vous essayez de plaire à tout le monde, vous n'êtes la référence de personne. Votre but n'est pas de convertir la planète, mais de rallier une tribu qui partage votre indignation et qui est prête à vous suivre au combat.

3. Nommer l'ennemi, puis l'oublier. Ce n'est pas un slogan marketing. C'est le battement de cœur de votre business. Le nom de votre ennemi doit transpirer dans tout ce que vous faites : votre contenu, vos emails, vos conférences, votre produit, vos ventes. Chaque pièce de votre écosystème doit être un rappel constant de l'injustice contre laquelle vous vous battez, et de pourquoi votre solution est la seule issue.

Votre combat ne fait que commencer

Arrêtez de regarder par-dessus l'épaule de vos voisins. Leurs prix, leurs offres, leurs lancements. C'est une distraction. Du bruit. Votre véritable opportunité n'est pas de voler une part d'un gâteau existant, mais de dessiner la carte d'un nouveau continent.

La question la plus importante pour votre business n'est pas "Comment puis-je être meilleur ?". C'est "Quel changement est-ce que je veux imposer à mon industrie ?". C'est "Quelle est la vieille garde que je veux renverser ?". C'est "Quel est le problème que tout le monde ignore et que moi seul peux anéantir ?".

La réponse est le nom de votre ennemi.

Alors, je vous pose la question. Pas "Qui sont vos concurrents ?". Mais : "Contre quoi, putain, vous battez-vous ?".

Trouvez cet ennemi. Nommez-le. Et devenez la seule réponse possible.

Questions fréquentes

Pourquoi est-ce une mauvaise stratégie de se présenter comme 'meilleur' que ses concurrents ?

Se présenter comme 'meilleur' valide la catégorie créée par le leader et vous force à une comparaison constante sur les prix et les fonctionnalités. Cette approche fait de vous une simple alternative, tandis que la création d'une nouvelle catégorie vise à faire de vous le choix unique et évident.

Quelle est la première étape concrète pour créer une nouvelle catégorie de marché ?

La première étape est d'identifier votre véritable ennemi, qui n'est pas une entreprise concurrente. Il s'agit d'une frustration, d'une vieille méthode obsolète ou d'une croyance limitante que votre solution rend totalement caduque.

L'ennemi à nommer pour créer sa catégorie peut-il être un concurrent direct ?

Non, l'ennemi ne doit jamais être un concurrent, car cela le mettrait au centre de l'histoire. L'ennemi doit être un concept, une idée ou une méthode dépassée, comme 'le marketing d'interruption' pour HubSpot ou 'le logiciel complexe' pour Salesforce.

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